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Ridendo castigat mores, that I freely translate as ”humor improves behavior” , not that I believe, but it sounds nice!

23
Mar
2026
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DIMAPUR ou le site d’une enquête ratée

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En revisitant le récit de voyages séminaux en Inde, effectués en compagnie de L. G. — qui se targuait alors du sobriquet excessif « The Organizer » — je suis retombé sur cette coda presque oubliée : Dimapur.

Cette cité d’une grande insignifiance, située au Nagaland, dans le Nord-Est de l’Inde, restera à jamais gravée dans ma mémoire. Elle marque (2013) la fin de mes aventures dans un pays que j’ai visité avec enthousiasme et imprécations, à plusieurs reprises. Elle abritait un ensemble — assez mal entretenu — de sculptures mégalithiques uniques au monde. Enveloppées dans un mystère épais par le manque de savoir sur la cause, la signification, la date de leur création et leur étonnant arrangement en pièces d’échiquier, ces œuvres fabuleuses n’attiraient que quelques touristes endurcis grâce à la forme phalloïde de la majorité des monuments.

Pourtant, qu’y a-t-il de mieux que le mystère et l’unicité enveloppant une œuvre d’art pour sortir le « touriste culturel » de sa somnolence admirative, entretenue par la mélopée soporifique des guides, qu’ils soient verbaux ou digitaux ? C’est à la fin d’un voyage éreintant chez les descendants des coupeurs de têtes du Nagaland que « The Organizer » et moi apprîmes l’existence de ce champ des pénis en grès dans un pré. C’est alors que nous décidâmes, par pur intérêt artistique (of course), de nous y rendre.

On accéda au site des ruines Kachari par une porte ogivale d’une large façade de palais flanquée par deux tours octogonales. L’articulation, la décoration (corniches, fenêtres aveugles) et le matériel (briques rouges cuites) de la façade en faisaient un remarquable exemple de l’architecture islamo-indienne du Bengale. La main-d’œuvre étrangère n’est pas une invention récente. Son allure de rideau de théâtre se renforça après avoir découvert que le palais avait disparu depuis longtemps. À sa place, dans un enclos oblong rassemblant par sa végétation envahissante un champ de vaches, il y avait le cimetière ou l’échiquier (au choix) des mastodontes

 (jusqu’à 3,50 m de hauteur) en pierre, entiers ou fragmentés, disposés en trois rangées. Ce pactole (35 pièces) consistait en des piliers cylindriques (en grande majorité) ressemblant plutôt à des champignons joufflus qu’à des machins érectiles et des stèles plantées à la manière d’un V, contestant ainsi la verticalité de toute autre stèle décente connue.

Les piliers et les stèles, divisés respectivement en trois sections, étaient pléthoriquement décorés avec des motifs abstraits végétaux et biomorphes apparentés ou identiques, exécutés en bas-relief et encadrés dans des carrés ou rectangles. Les motifs des deux sections inférieures du pilier, totalement abstraits, furent exécutés en haut-relief. L’élément formel dominant est la tumescence de la première section des piliers et la, ou les rosettes de la première section des stèles

L’unité des motifs décoratifs, du matériel, la haute qualité de l’exécution, la combinaison de deux formes essentielles et la disposition des monuments suggèrent qu’il s’agit d’un projet cultiste exécuté dans une période bien définie. Après cet exposé succinct et sec du genre médecin légiste, il ne reste qu’à éclaircir le Qui (commanditaires), le Pourquoi (quel culte) et le Quand. Une bagatelle.

La légende et la localisation, faute de tout témoignage écrit, attribuent les monuments aux Kachari. Cette population tribale d’origine birmano-tibétaine, après avoir conquis le royaume indien Kamarupa, est présente dans le sud de l’Assam depuis le XIe jusqu’au XIXe siècle. Selon la tradition, le roi Kachari Mahamanipha (1330-1370), fondateur de Dimapur, la capitale du royaume, est considéré comme ayant été le patron de l’édification des monuments dans la seconde moitié du XIVe siècle. En 1526, les Ahom, une peuplade d’origine Tai, conquirent Dimapur en mettant les Kachari à la rue, mais pas tout à fait hors de la région (nous en reparlerons), en nous laissant sur les bras le soin de décider si le palais islamo-indien précéda le jardin des monolithes ou vice-versa. Les paris restent ouverts ! L’histoire se corse, “more to come”!

C’était le moment de tirer ma révérence, content de mon succès d’estime, une date possible et un patron probable, quand le Malin m’incita à fouiner un peu plus. Et le fleuron de l’UNICITÉ qui s’en va à l’eau après que je découvre avec désespoir un autre site Kachari bien farci d’énigmes, le Kasomari Pathar situé à 76 km au nord de Dimapur. Le site, qui compte 32 ou 33 monuments monolithiques — au point qu’à un moment je doutais de leur authenticité — contient, avec une seule exception, seulement des stèles finissant en arc semicirculaire. La séquence entière avait été décorée par un dessin standard avec de légères variations. On reconnaît encore la division en trois registres. Le motif dominant en haut-relief formé de volutes contenant des rosettes est logé dans la section moyenne. Il a une apparence végétale et finit souvent en fleur de lotus. Le panneau rectangulaire sur lequel il prend appui, aussi bien que la section supérieure quelquefois, sont richement décorés avec des motifs animaliers stylisés, réalistes et héraldiques en bas et haut-relief.

 Tout va bien jusque-là : le style de Kasomari se révèle d’une maturité et d’une qualité à toute épreuve, affichant une parenté avec Dimapur à la fois convaincante et divergente. On a même découvert les carrières, situées à 50 km du site. Hélas, l’ensemble recèle un vilain petit — ou plutôt grand — canard, qui bat en brèche l’approche si prudemment entamée : un pilier cylindrique, le plus phalloïde de tous. S’il eût été bien à sa place à Dimapur, il détonne horriblement à Kasomari.

Retour à la case départ, donc, sans trop d’allant et en comptant les coups reçus. L’incertitude règne en maître. Dimapur était une cité royale, mais qu’en était-il de Kasomari ? Après la déroute de Dimapur, les Kachari se replièrent vers le sud, établissant leur capitale d’abord à Maibang, à 155 km de là (XVIe siècle),* puis à Khaspur, à 287 km (XVIIIe siècle). Ils laissèrent derrière eux quelques vestiges architecturaux notables, mais en rien comparables à l’impact esthétique ou à la richesse symbolique de Dimapur, ni même de Kasomari, tous deux parés de l’aura des sites rituels.

Il est fort possible que l’épanouissement de Kasomari, sans doute plus tardif que celui de Dimapur, ait précédé l’exode méridional des Kachari ; pourtant, la question de l’origine du projet reste aussi pressante qu’insoluble. Laissons donc Kasomari en friche — après tout, je n’y étais pas — et replongeons dans les ténèbres de Dimapur.

L’hypothèse que les piliers représentent des pièces d’échecs me paraît aussi farfelue qu’il s’agisse des monuments funéraires des rois Kachari, ou des portraits stylisés de souverains réunis dans une galerie de famille tridimensionnelle !! Dommage qu’on ait dû abandonner l’hypothèse phallique dans un pays où la représentation du membre divin (Shiva) a touché des sommets de stylisation ou du réalisme. En fin de compte, il faut reconnaître qu’on ne sait fichtre rien, ni sur le projet ni sur sa signification. Je ne vois pas d’autre alternative que de me citer, avoir dit une fois que : « L’art cache infiniment plus qu’il révèle ».

Après tant d’incertitudes, pour se refaire une santé, nous allâmes visiter un marché voisin. Mauvaise idée, car on vendait sur place de petits chiens d’apparat cruellement logés dans des sacs de jute.Ce n’est pas étonnant que nous quittâmes la ville assez penauds. dans un état de mimétisme exagéré (il faut penser au status quo ante, non?) aussi bien du point de vue physique que mental.

The Wanderer


*La bâtisse « inachevée » du temple de la déesse Ranachandi à Maibong (ou Maibang), la seconde capitale des Kachari, véritable perle artistique, est un autre exemple de la difficulté d’approcher cette étonnante culture dans une perspective historique ou fonctionnelle cohérente.

Ce temple monolithique, taillé dans un imposant bloc de granit sur la berge de la rivière Mahur, est l’unique vestige de l’ancienne capitale, le reste des constructions en briques ayant été effacé depuis longtemps. L’histoire se répète. Cette énorme sculpture, pourvue d’un toit ondulé « do chala » aux avant-toits curvilignes caractéristiques du style bengali, est davantage l’image d’un temple qu’un autel de prières : ses quatre fausses portes ne mènent à aucun espace ni passage, l’intérieur étant demeuré plein.

La légende raconte que le dernier roi Kachari de Dimapur, en quête d’assistance, rencontra sur ce site envoûtant la déesse, qui lui promit de sauver son royaume à condition qu’il lui taillât un temple dans la roche vive en l’espace d’une seule nuit.Un méchant coq chanta impitoyablement à l’aube et le temple resta en l’état ; qu’il fût intentionnel ou le résultat d’une banale interruption des travaux. Cela devait se passer dans le premier quart du XVIe siècle.Manque de pot pour le folklore : des inscriptions sur les parois attribuent ce produit cultuel de première importance au roi de Khaspur (la troisième capitale), Haris Chandra, qui l’acheva — façon de parler — dans le premier quart du XVIIIe siècle.

En faveur de cette hypothèse plaide la grande ressemblance formelle entre ce temple-autel et la Porte du Lion de Khaspur qui, pour compliquer les choses, possède un passage et est construite en briques. La dichotomie entre tailleurs de pierre et poseurs de briques, en place depuis Dimapur, se porte bien, merci !

 

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Zen pupil: Bennis? Penis? What does this nonsense mean? The Wanderer behaves as if the language belongs to him!
Zen master: Isn’t it just that? But I believe that in this era of “freedom” and the moral attempt to purge speech of the explicit, the Wanderer—an activist at heart—argues for everyone’s right to evict the tool’s asperities, kind of mental enema, according to their own sensibilities, social location, and even their whims. Capisci?



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