Composite blog consisting of notes, reflections, weird jokes, trip reports and amusing stories from the death row; some personal, some told and some fabricated, I have to reckon!

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Ridendo castigat mores, that I freely translate as ”humor improves behavior” , not that I believe, but it sounds nice!

6
Dec
2022
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Le Pèlerinage du Mécréant, Maha Kumbh Mela 2013

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Résumé : mon G-ami L. un ancien Iron Man, surnommé Haparitz et quelquefois Arizona et souvent The Navigator (G pouvant être lu comme gros, grand, généreux,  génial parfois,  et grandiloquent souvent – au choix et d’après l’humeur) m’invita,il y a des années de cela, à l’accompagner à la plus grande fête du monde: la Maha Kumbh Mela. La relation qui suit correspond en ligne générale au texte initial après que je lui ai assené un coup de brosse. Quant au mécréant que je suis il faut que je souligne que je ne suis pas antireligieux. Tout au contraire je considère qu’on gagne dans la foi une tranquillité qui dépasse des fois celle induite par, disons, le massage thaïlandais ! Certainement, tout ceci à condition que les illuminés ne s’appliquent violemment  à “améliorer” ou, gare, à “sauver” les autres de la même manière qu’aujourd’hui, les politically correct  s’évertuent à imposer un langage  qui aurait procuré  un orgasme exquis  aux Précieuses du temps de Louis XIV. Mais retournons à l’Inde …

Eh oui, mes enfants chéris, mes très chers parents et amis de tout poil, de toute complexion et de toute confession, j’espère vous trouver frais et dispos ce matin — enfin, matin matiné d’ombre, car la lumière est une variable, c’est tout à fait clair.

Donc, je suis heureux de me sentir en une pièce, une seule, entier, plus ou moins de corps et d’esprit, dans une Place des Fêtes en fête. Oui, c’est bien de la Maha Kumbh Mela d’Allahabad que je parle, d’où une petite foule est allée, il y a deux jours, droit au ciel — après ou avant les ablutions — dans et avec les eaux sacrées de la rivière la plus polluée du monde, à sa confluence et partout ailleurs. Holà! Et holà encore une fois, car je me suis laissé emporter par le rythme de la séquence verbale et j’ai failli mentionner la cause du carnage.

Les futurs bienheureux étaient en train de prendre d’assaut un train, spectacle d’une banalité irrémédiable en Inde, où une centaine de corps — de tout âge, sexe et complexion — se lancent à corps perdu, comme son nom l’indique, et en furie,pour passer simultanément à travers une fente prévue pour deux ! Si vous aimez le mouvement et avez des nerfs solides, essayez cette adresse, quoiqu’elle ne rende pas les arômes épicés de l’Inde ni les autres odeurs : STAMPEDE 3

J’ai eu un avant-goût du malheureux piétinement — classique de la Maha Kumbh Mela, qui rempile tous les douze ans (pèlerinage et piétinement, j’entends) — la veille du drame. Je me suis fait attraper, avec The Navigator, happé, incorporé, laminé comme une crêpe, dans un flot humain avançant en dansant le hula hoop, c’est-à-dire en se balançant sur place. Lent et dangereux, le susdit flot tanguait comme un canard éméché, tandis qu’il se voyait assailli — viol à venir, doublé de meurtre — par un contre-courant, sorte de rouleau compresseur à sonnettes : la colonne festive et funéraire des jeeps et camions décorés de paillettes dorées, accompagnée de sombres motards amateurs et nerveux. De quoi avoir une trouille organique… que j’ai éprouvée sans ambages et qui détermina, chez l’hésitant que je suis, une action rapide.

Pour une fois, la folie ne me dit rien, et j’ai tourné casaque, lâchant froidement Haparitz dans la tourmente… Il s’est consolé en martyrisant de pauvres sâdhus — semi-ascètes iconiques, errants et mendiants — acteurs essentiels de cette gigantesque Commedia dell’Arte sans pareille, en les mitraillant avec sa caméra.

J’ai quitté LA PLUS, lisez : la Maha Kumbh Mela, car, comme son nom l’indique, elle est la plus grande fête religieuse du monde. Durant un mois, elle recrute près de cent millions de participants, dont six ou sept millions, exténués et ravis, se croisent dans la journée. J’ai failli les compter…

 

 

 

La Maha Kumbh Mela, à la fois unique et insurpassable, est un gigantisme pieux à l’épreuve du temps. Tous les douze ans, elle se déroule, menant à la sauterie la plus colorée qu’on puisse imaginer, avec des effets chromatiques alternant rapidement — comme le résultat d’un ordinateur en folie. La marée des saris rutilants et soyeux s’accorde à merveille avec la turgescence des turbans glorieux, de teintes solides ou sertis de petits pois multicolores. Bariolé avec grâce, bigarré de fond en comble, l’ensemble optique est organique, changeant, inattendu et fruit du hasard.

Mais, par-dessus tout, LA PLUS est la rencontre la plus fervente et le pèlerinage le plus sincère,

poussant des millions par— par dizaines — sur la route de l’énorme fatigue et du sacrifice financier, dans un effort où joie et paix sont de la partie… sauf dans les moments où prise par la panique, la masse, la foule, rue et tue.

La Maha Kumbh Mela est aussi le plus énorme marché du monde où on déballe des images saintes, des vêtements, des milliers de tonnes de nourriture, du haschich (les sâdhus sont de formidables consommateurs), des billets des loteries, des objets d’artisanat, du combustible, surtout du bois et de la bouse de vache sèche, vaches maigres eh !, des bijoux et des prêches continuels dans d’ immenses halles de fortune où les fidèles s’amassent et s’évertuent à écouter la parole divine qui se déverse de la   bouche d’un professionnel inspiré à travers des haut-parleurs tonitruants…Un bruit à multiples tonalités et à la hauteur du tumulte assourdissant de la cascade américaine la plus grande se répand dans l’air en  couches multiples, mal ficelées  qui se combinent dans une cacophonie royale. C’est la pénétration de la conscience profonde par le son. ….Il y a aussi des fakirs, des voleurs, des diseurs de bonne aventure, des acteurs et des danseurs, des yogis et des guérisseurs et beaucoup de soldats armés de fusils d’assaut et de longs bâtons. Donations en tous genres, répétitives et de toute dimension sont fortement encouragées. Sur une surface énorme, surplombée par un vieux fort à l’ouest,  fort mort, aux fenêtres béantes d’où le verre s’est depuis longtemps envolé, et par un pont mastodonte en béton servant l’autoroute, hautement perchée au nord, poussent des villes de tentes. Au sud, se devine dans le lointain, dans une sorte de brouillard diffus et fatigué, le Gange de tous les Dieux, bleu argent dans la distance  et de suspecte composition marron verdâtre une fois qu’on l’approche. On reconnaît encore des périmètres  en tôle ondulée, abritant des  toilettes en même matériel  offertes par le  gouvernement, des étalages,  des bastringues enfumées, des halles de conférences et d’exposition, des voies royales poussiéreuses et puis des ponts à pontons, élancés et subtils qui enjambent  les multiples bras d’eau, liés ou détachés du fleuve impérial, et qui joignent  des aires éloignées à ce pays de la catharsis, du miracle, du happening et du lucre.   La poussière, la grosse fumée des brasiers à bois, charbon ou bouse, fours, feux de camps, et cuisinières de campagne ainsi qu’une âcre odeur de fèces, urines, boue, bouc et eau fétide,  égouts à ciel ouvert, nourriture et encens, beaucoup d’encens, curry et parfums orientaux produisent une symphonie olfactive inoubliable. Les marchands de guirlandes, un peu fanées,  et des couleurs de mascara à emploi immédiat ne font pas défaut….

La raison de ce paroxysme ?

Rien d’autre que la célébration — et surtout la réactivation — d’un miracle gros et perpétuel : celui qui accorde à chaque quidam, ou à la moitié d’un quidam (con-jointe), né(e) coiffé(e), la chance de tirer le gros lot : se laver de tous ses péchés et devenir immortel(le). Personne ne parle de récupération de la jeunesse ni, tout simplement, de soins dentaires, quoique l’état de la dentition de la majorité de ces mâcheurs acharnés de bétel soit déplorable…Mais enfin, miracle et foi vont main dans la main — pour ne pas employer une autre expression.

Zeus, rappelons-le, rafle miraculeusement jeunes filles et jolis garçons sous des formes animalières diverses, côtoyant la bestialité ; Moïse, après s’être livré à la sorcellerie flagrante chez le Pharaon, se sert de son bâton comme d’un marteau-piqueur et fait jaillir l’eau du rocher ; Jésus, l’ancêtre de tous les hippies, fait du surf à pieds nus sur les eaux du lac de Tibériade ; et le prophète à barbe clairsemée, sentant la chèvre, se rue sur sa haridelle Al-Buraq, du sommet du mont Moriah jusqu’au paradis, avec l’intention ferme de déflorer un nombre impressionnant de pucelles…À son âge ? Je m’abstiens — c’est plus sage par les temps qui courent.

Ainsi, la race humaine, descendante directe des accouplements incessants des grands singes anthropoïdes agressifs, produit et consomme des miracles sans trêve ni répit ! C’est d’ailleurs sa raison de vivre et sa motivation d’exister, car un état terminal pénible pend comme le couperet de la Veuve
sur la nuque de chacun. Ça va barder, dit l’oracle, sans que personne n’y prête la moindre attention. Ils espèrent, ils attendent le miracle…

Mais enfin, qu’est-ce qui se passe spécifiquement ici, dans cette énorme mélasse qu’est la Maha Kumbh Mela ? C’est une ÉPIPHANIE, c’est-à-dire la réactivation d’un miracle bien catalogué. Les dieux hindous (Devas, à droite sur l’image ci-dessus) et les démons (Asuras, des contestataires activistes)
en vinrent aux mains. Les dieux et les démons ont toujours de vilaines affaires. Les mauvaises langues prétendent que les dieux fabriquent des démons afin de démontrer leur force, car homo sapiens sapiens ne fait pas le poids — quoiqu’il soit, d’une certaine manière, un créateur de dieux lui-même.

Tout cela tourne en rond, mais restons fidèles à l’histoire officielle.L’enjeu du conflit entre dieux et démons fut une cruche (kumbha) remplie d’ambroisie, le nectar de l’immortalité — quelque chose de très précieux, appelé Amrita. Cet élixir est le résultat d’un barattage sans pareil d’un océan de lait— que je soupçonne être, aux temps védiques, l’océan Indien.* En plein milieu de la melée l’agile Dhanvantari, le docteur divin (ou le puissant volatile Garuda, ou encore le super-Dieu Indra — à membres flexibles, décisions fulgurantes et éclair définitif — la meilleure hypothèse) s’empare de la Kumbha et s’enfuit… Dieu sait où !

Dans la précipitation, quelques gouttes — mais vraiment peu — giclent et atterrissent dans les courants jadis limpides du Gange et de ses affluents, en quatre endroits.** À Allahabad — drôle de nom pourla Mecque des hindous (rebaptisé depuis Prayagraj) — l’arrosage bienfaisant fut plus dense qu’ailleurs, d’où l’augmentation des chances pour un fidèle, femmes comprises, de s’attacher à une de ces gouttes virtuelles bénies et de plonger dans l’immortalité… comme une pierre, au prix d’une immersion rapide.

Alors, s’il vous plaît, pas de réserves ethnocentriques : les miracles se valent, et tous les espoirs sont permis. Les photos qui suivent donneront une vague idée de l’importance et de la vitalité de l’événement, d’une
tout autre qualité et magnitude que les mascarades pâlottes ayant lieu sur la Fifth Avenue, la place Rouge ou les Champs-Élysées. Pour le moment Unter den Linden est fermée; quant aux Chinois, c’est dans la conquête sans douleur qu’ils s’investissent..

 

 

 

The Wanderer

 

 

 

* Mon interprétation personnelle est que l’Amrita est le produit final d’un processus d’enrichissement du lait lequel  compte comme étape préliminaire à la CRÉATION de la RAITA, le plus délicieux des yaourts que j’ai jamais goûtés
**Je suis un peu  penaud de vous dire qu’il y eut  à l’origine un contrat entre les Devas et les Asouras pour partager les richesses de l’océan de lait. Il semble que les Bons Dieux n’aient pas respecté l’accord. Et si vous regardez attentivement cette photo — que je suis forcé d’ajouter ici — il semble bien qu’il y ait eu anguille sous roche (anguille ? lisez : racisme). Les dieux sont blancs comme neige,et les Asuras, noirs comme le péché ???!

 

 

 

 

 

 

MAHA KUMBH MELA 1


 

MAHA KUMBH MELA 2

 

2 Responses

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