Composite blog consisting of notes, reflections, weird jokes, trip reports and amusing stories from the death row; some personal, some told and some fabricated, I have to reckon!

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Ridendo castigat mores, that I freely translate as ”humor improves behavior” , not that I believe, but it sounds nice!

3
Nov
2025
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Nagaland, Balade ardue dans le pays des anciens Chasseurs-de-Têtes

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Résumé :
Mon G-ami L., ancien Iron Man, connu tour à tour sous les surnoms de Haparitz, Arizona ou The Navigator — le G pouvant se lire gros, grand, généreux, génial parfois, et grandiloquent souvent, selon l’humeur — m’invita, il y a bien des années, à l’accompagner à la plus grande fête du monde : le Maha Kumbh Mela.Ce voyage initiatique, entrepris sur le site sacré de la Kumbh*, dans l’antique Prayagraj — appelé Allahabad** depuis la conquête musulmane de 1575 — fut le point de départ d’autres pérégrinations.
Parmi elles, le voyage au Nagaland, au nord-est de l’Inde, en mars 2013, demeure ans doute le plus
singulier. Si l’Inde paraît déjà infiniment lointaine pour un Occidental, le Nagaland l’est tout autant pour un Indien. Fidèle à mes habitudes, je reproduis ici les textes qui composaient jadis les Feuilles de route n°5 et 6, ressuscités après un vigoureux rafraîchissement et une invocation rituelle au dieu aux pieds légers — Hermès, patron des voyageurs, des voleurs, des orateurs, des commerçants et des prostituées.

Mes chers enfants, parents et précieux amis
(formule surannée que je conserve par habitude comme une incantation: les enfants ont grandi, sont devenus adultes, et leurs propres enfants cavalent déjà vers la maturité…, je ne  dirais pas plus) 

Les choses commencèrent à se gâter dès le départ du voyage au Nagaland.Seule une personne sensiblement irresponsable — je parle ici de moi-même — pouvait faire un tel choix et se laisser choir, les yeux ouverts, dans une impasse sans horizon, quoique haut perchée sur la pente d’une colline monumentale (1500 mètres). L’intention de faire plaisir à L., qui m’avait offerrt de choisir la seconde(la cinquième? j’ai perdu le compte) étape de notre périple, me guida tout droit dans l’erreur. Une preuve de plus, s’il en fallait, que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

L., l’infatigable L., voue une passion sans bornes à tout ce qui relève de l’ethnicité. Il se grise volontiers du mumbo-jumbo d’un petit vaudou de fortune, et s’émeut jusqu’aux larmes à la vue d’une maison traditionnelle depuis longtemps désertée. Il jurerait encore sentir la fumée de l’âtre, s’échappant jadis par un trou dans le toit et imprégnant à jamais les murs.Fou de plumes et des perles de verre authentiques, raffolant des danses barbares,des cris gutturaux et des armes blanches —à l’œuvre dans les jours de fête, s’entend-on —il devait être heureux dans cet ancien pays des chasseurs-de-têtes. Amateur enthousiaste et incorrigible, il le fut presque…

Quant à moi, figé dans mon rôle d’observateur glacé d’une culture tribale éteinte depuis longtemps, je me sentais désespérément mal à propos. La substitution de la création tribale, autrefois imprégnée de symboles, par la fabrication standardisée de souvenirs pour touristes, me laissait d’une indifférence polaire.
Découvrant en moi une égale distance à l’égard des « sauvages » d’hier ou d’aujourd’hui, comme des « civilisés » de toujours — surtout dans leur version politiquement correcte — je ne rêvais que d’un dernier bistrot au bord de la piste, ce havre où plus rien ne compte, sinon le verre et la conversation. Mais le Nagaland, perché au bout du monde, ne recelait point ce bistrot magique, relais de rêve pour aventuriers de tout poil. Et, en conséquence, mes ennuis de santé s’aggravèrent : j’ai gardé les anciens, et j’en ai gagné de nouveaux. C’est donc dans un état de morosité manifeste, et somme toute inexcusable — car la beauté est partout, surtout dans l’œil de celui qui la regarde — que j’abordai la capitale, Kohima.

Accrochée à flanc de coteau, Kohima la capitale de Nagaland est une ville d’une puissante laideur,
a l’urbanisme précaire et aux

nouvelles  constructions disgracieuses  en totale disharmonie avec les  lambeaux verts, d’allure tropicale luxuriante, festons d’une opulente végétation péri-Himalayenne qui l’encercle de près. Quant au ciel, il passait facilement d’un bleu azur de la Méditerranée  à un brouillard épais du genre Mer du Nord,  à couper au couteau. Les marchés étaient misérables, le passage d’une rue à l’autre,
avec une dénivellation de 20 à 30 mètres, une entreprise suicidaire, l’artisanat local médiocre, les bananes infectes et les restaurants ignoraient la nécessité d’un troisième mets, surtout de mon bien aimé Gulab Jamun. Ce n’était pas le dernier bistro sur la piste, c’était l’épicentre de nulle part. Jugez par vous-mêmes, écrasée entre le Bengladesh et la Birmanie, rien ne passe si ce n’est la contrebande, coiffée lourdement pas les états plus intégrés, plus “Hindous”  d’Assam et Sikkim, etc, le Nagaland avec sa population tribale de race jaune et aux yeux bridés, est à égale distance de l’Inde que de la lune. Alors rien de plus ? Bien sûr que si…Il faut seulement regarder autour de soi et avec attention.

D’abord ce fut la rencontre surprenante avec un arbre-légume étonnant,  semblant avoir atterrit au jardin municipal directement du Crétacé, 146 millions d’années auparavant. Un arbre d’apparat?! ou une sorte de formidable légume decoratif qui dut fleurir, je m’avance sur des sables mouvants, car je
ne sais fichtre rien, au temps des dinosaures? Mais j’étais alors loin de me douter que je trouverais la réponse à ces questions, qui m’ont longtemps tourmenté, seulement douze ans après cette rencontre marquée par le destin.***

Non moins émouvant que la rencontre avec la Gande Belle Plante fut de s’apercevoir du sourire fascinant, légère et subtile esquisse, ayant quelque chose d’impondérable et d’évanescent qui flotte (aucune relation avec ce méchant Cheshire Cat) sur les lèvres arquées de jeunes femmes, de belles plantes en marche…Innocent plaisir pour un vieillard en balade valant la peine de tous les tracas….

Manifestement ragaillardi par des sourires qui valent un paradis et quoique les chasseurs-des-têtes
sont hélas partis (si nécessité il y a on utilise la bombe et le fusil mitrailleur avec des déplorables effets centuples) je m’aperçoit avec enthousiasme de la survie indiscutable du tribalisme, car il y a des cochons noirs partout. C’est du savoir commun qu’hormis les tribalistes et les parias cet animal multifonctionnel, gloire domestique de la famille des suidés, est regardé avec horreur par les hindous et les musulmans qui font la majorité de la population indienne. Des goûts et des couleurs… De commun accord quoique pour des raisons différentes, Lothar et moi, nous nous ruâmes vers le Nagaland State Museum (bâtisse assez cocasse à allure guerrière). Là nous attend une pèche miraculeuse composée des objets significatifs, authentiques, anciens et de haute qualité d’une culture en voie de disparition quoique la danse, le costume et la musique aient grande chance de persister en tant qu’unité indépendante dans le cadre de l’amusement collectif et  le tourisme de masse. Le fait que deux personnes, en l’occurrence Lothar et moi, aient pensé à un  certain moment la même chose ne constitue aucune assurance de validité. De même, le fait que des millions partagent la même opinion, pendant longtemps et avec virulence, cela ne les empêche pas d’être de pauvres dupes de leurs propres fantasmes. Vous êtes allés à Cuba ?

Quant au Nagaland State Museum, bien en deçà de nos attentes, il eut quelques vertus. D’abord, il fut un abri lors d’une journée aux conditions atmosphériques exécrables ; ensuite, il permit l’identification de quelques objets représentatifs d’une culture approchant l’extinction ; et finalement, il permit l’amusement vicieux d’identifier des exponats n’ayant aucune raison d’être là.

L’entrée en pierres de taille dans cette redoute, suggérant un fort villageois et décorée de symboles animaliers se croisant au pinacle du toit de l’auvent, ainsi que par les masques bovins sculptés sur les jambages, lança un cri d’alarme. Car, ainsi que marqué dans les Écritures, ce n’est pas recommandable qu’un contenant étale les caractéristiques visuelles du contenu. Passons.

La confusion de l’entrée se prolongeait-elle à l’intérieur ? Faisons-nous une idée avec l’aide des illustrations, sans trop de préjugés. Le miroir déformant (n° 1) est complètement hors de contexte. Le beau corsage en perles (n° 2) soulève la grande question : diffusion du motif (on le rencontre aussi chez les Dinka du Soudan) ou origines multiples ? Le siège (n° 3) en os de bovidés est légitime, mais de facture nouvelle. La claustra en tiges de bambous (n° 4) rend à peine justice à cette forme d’artisanat local de grande qualité. Et enfin, un formidable tambour à fente (n° 5) montre avec fierté les cicatrices d’une longue utilisation.Il est bel et bon.

Le bilan est assez maigre, si l’on consent à oublier que j’ai choisi les “élus” afin de finir sur une note positive et de dire que la grande importance du musée est d’être là. Il fut fermé en 2025,quand le  programme spatial de l’Inde s’épancha dans  un gouffre financier. Ainsi va la vie.

Sortons de Kohima ! Nous partirons au triple galop vers les villages, où les traces de l’ancienne culture (celle des chasseurs-de-têtes) sont plus facilement reconnaissables que dans la capitale. Je ne vais considérer que trois sujets : le fort tribal, la maison des jeunes morung et les cimetières privés, car la rengaine de ce post menace de s’éterniser. Pour les intéressés, les photos se chargeront du reste.
Si la chose la plus dangereuse de nos jours, c’est d’avoir une Gay Pride à côté d’une mosquée, parler de race n’est pas non plus de tout repos. Poussé par mon fanatisme pour le vernaculaire et ma passion pour le menu détail, je dirais que les Naga étaient — et sont encore — des Mongoloïdes (attention à la prononciation), de la branche tibéto-birmane, faisant partie d’une catégorie plus large, encore assez vaguement définie, appelée hill tribes (« tribus des collines »).
Tout au long de leur histoire mouvementée (car, sauf pour les Suisses, toute histoire est assez chaotique), ils se sont battus avec acharnement contre leurs ennemis et entre eux. Chemin faisant, ils se sont perfectionnés dans l’art de la guerre : construisant sur les crêtes des villages fortifiés par des palissades, des douves, des portes massives, des tours et des fosses bien cachées, garnies de pointes tranchantes en bambou.
En parallèle, poussés par la tendance bien humaine à conserver des objets inutiles, ils collectionnaient autant de crânes ennemis que possible. Cette passion culturelle fut le prétexte qu’utilisèrent les Anglais pour les conquérir, au terme d’une guerre rampante de près d’un siècle. Cela ne se fit pas facilement, car les Naga n’avaient aucune envie de se faire « éduquer ». C’est à cette époque qu’ils construisirent des forts — du genre bunker — en pierre dure, gros galets ou pierre taillée, comme le fameux et bien préservé fort de Khonoma.
Plus modestes d’allure, bien que fortement tributaires du concept de la vie martiale, les maisons appelées morung sont présentes dans presque chaque village, où de jeunes hommes en pleine puberté vont vivre ensemble jusqu’à ce qu’ils deviennent des mâles accomplis, prêts à tout, en commençant par les hyménées.  Enfin, brûlant du désir de finir mon rapport sur une note plus enjouée, je tiens à informer tout le monde que les Naga ont l’habitude de garder leurs chers disparus enterrés dans la cour. Une pierre tombale en pain de sucre aplati marque l’emplacement du « chef » ou du crâne, si vous voulez. L’inscription gravée dessus, en anglais — car ces gens sont passablement anglophones — contient des détails de la vie et éventuellement des mérites du défunt. Après m’être acharné à lire une vingtaine de ces stèles (ou plaques informatives), sans que j’aie trouvé le nom d’une seule dame, je suis arrivé à la conclusion, qu’il faut garder secrète, que dans le Nagaland, les femmes ne meurent jamais. Donc, bouche cousue, car autrement ce sera la ruée : des pépées du monde entier vont arriver ventre à terre !


The Wanderer convalescent


*Cruche remplie d’elixir de la vie eternelle
**Depuis que j’ai écrit cette mise en plis Allahabad revient à son toponyme hindou – Prayagraj, appellation se référant a la confluence sur les abords de ville de deux rivières sacrées, le Gange et la Yamuna avec une troisieme, a la fois métaphasique et invisible – Saraswati.
***Je viens de recevoir de mon distingué ami A.D., un personnage a vastes connaissances dans les sciences naturelles et par surcroit dendrologue professionnel et néanmoins émérite, la notice suivante:« Ton poireau mérite effectivement forte attention. Et la première constatation que je ferai est que tu me donnes l’occasion de voyager au-delà des tropiques sans bouger de ma chaise et ceci est déjà un exploit!!Je vais transmettre ton document à un collègue qui enseigne la dendrologie à la haute école du paysage de G. et qui a pas mal roulé sa bosse de par le monde. Et nous verrons s’il arrive à décrypter l’énigme? »
Quelques temps plus tard, je reçus d’A.D. le compte rendu de la rencontre au sommet de ces deux dendrologues de marque. Hélas, elle se solda par un échec spectaculaire : ils durent, de conserve, donner leur langue — horreur ! — aux chats.Outré par la souffrance de mon ami et de son savant collègue, je jurai, sans rien entreprendre, vengeance. L’épisode me resta comme une arête de poisson dans la gorge.Douze ans ont passé. Et voici que, deux jours à peine avant d’écrire ces lignes, j’ai senti, bourdonner dans l’air, les vibrations magnétiques d’un possible denouement. Méthodiquement, avec l’acharnement du chercheur obstiné, j’ai lancé un ouragan de sondes à tous les azimuts. Elles revinrent, après un délai honorable — car la tâche était ardue — chargées d’informations precieuses.

La plante — car c’en est bien une — abonde en appellations pittoresques : caryote brûlant, queue de poisson, palmier céleri, palmier à sucre, et d’autres encore. Elle est endémique du Sri Lanka et de l’Inde, où je l’avais, modestement, remarquée de mon œil d’aigle. Elle peut atteindre dix-huit mètres de hauteur, déployer une couronne de six mètres de diamètre et exhiber de gigantesques inflorescences en grappes pendantes de fleurs unisexuées. Ce furent ces grappes, d’ailleurs, qui m’ont tapé dans l’œil.La caryote produit des fruits du type drupes, a noyau dur et chair ferme, légèrement toxiques, qui, ironie tragique, entraînent la mort de la plante au moment même de leur maturité : ils tuent leur mère.
Ce grandiose végétal sert dignement comme plante ornementale, nourriture pour les éléphants, matière première pour la médecine et — hélas — pour une mélasse au goût infâme, que j’eus, une fois, l’imprudence de goûter. De cette mélasse, les indigènes, contraints par l’indigence, extraient un sucre non raffiné : le jagré, ou jagre. Pour les puristes, la plante en question est enregistrée chez les autorités sous le nom scientifique de Caryota urens.
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