Composite blog consisting of notes, reflections, weird jokes, trip reports and amusing stories from the death row; some personal, some told and some fabricated, I have to reckon!

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Ridendo castigat mores, that I freely translate as ”humor improves behavior” , not that I believe, but it sounds nice!

25
Jun
2026
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GARGANTUA, CHAPITRE 37

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Dans cette journée de doutes et de dupes — comme toute journée, d’ailleurs, que l’on passe dans l’attente du Messie ou de Quetzalcoatl *au lieu de reconnaître qu’il ne reviendra jamais, surtout chez les vieux malades avec le cœur en chamade et les joints en compote — la colombe du Saint-Esprit, volant en rase-mottes, atterrit sur l’une de mes épaules. J’ai oublié laquelle ; de toute façon, les deux me font mal, ce qui rend toute précision de localisation superflue.

Déprimé pépé ? « Relis Rabelais, Gargantua chapitre 37 », me roucoula dans l’oreille l’archi-sainte représentante de la Trinité, avant de s’envoler sans ambages avec un petit sourire. Quoique athée, hérétique et surtout rancunier tous azimuts, je me suis exécuté illico. Les directives provenant du monde virtuel du salut à bas prix et à moyens du bord m’attirent plus que toute injonction à l’odeur civique et progressiste d’un quotidien dégoulinant d’amour mandataire pour le prochain (pauvre) et du combat pour une démocratie dominante. Le souvenir de la ligue de Délos me pèse encore sur la bosse.

Sans hésitation, j’ai atterri en plein dans le « Comment le Moyne feut festoyé par Gargantua et des beaulx propous qu’il tint en souppant ». Personnage charismatique et attachant, moine paillard et batailleur de bonne envergure, grosse bedaine et cœur brave, le Frère Jean, fut un des grands porte-parole de la pensée rabelaisienne qu’il dispensa généreusement par la voie de la voix, de l’exemple et, quelquefois, du gourdin. Beato lui !Ce banquet du Moyen Âge, lieu béni de joie déchaînée, d’humour à l’outrance, de contrepèteries à la chaîne, dépourvu de la moindre empathie pour les vieux, les souffrants, les défavorisés, les frustrés ou les cerbères universitaires au langage mielleux et servile — que le maître qualifie d’ânes savants —, me fit l’effet d’une panacée universelle contre l’angoisse existentielle qui nous accompagne de la naissance à la mort. Quand on va mal, une agape avec du bon vin et de la bonne chère en compagnie de bons vivants d’humeur joyeuse peut être, doit être salutaire. Ce que j’ai compris il y a cinquante ans déjà en lisant avec délice ce chapitre clé de voûte de l’œuvre de Rabelais, cet antre de la franche parole, du rire incendiaire et de la gaieté absolue, est revenu en force, plus actuel que jamais. Et puis, quel paquet, Bon Dieu ! Le meilleur bouquin français de tous les temps, soutenant avec bonheur la comparaison avec la Bible, quoiqu’en catimini ce soit un acerbe manifeste anti-cafards, de tout poil et de tous les temps. Timeless, c’est pour ça que personne ne le lit plus aujourd’hui.

Quand même, et malgré ce tsunami d’enthousiasme, j’ai flairé un rat à l’odeur rance. Où prendre les compagnons quand on est plus isolé et plus solitaire qu’un hibou à la retraite ?

C’est seulement là que j’ai saisi l’intensité du message du maître. Faute de compagnie, il faut jouer à l’homme-orchestre, prendre sur soi la tâche de l’enchantement de soi, et les compagnons, surtout virtuels, ne vont pas tarder à répliquer. Faire les gestes justes, et un résultat spectaculaire ne se fera pas attendre. Je vais me débarrasser de ma mélancolie souffreteuse et de l’angoisse pestilante de tout primate voyant la fin galoper à sa rencontre, comme d’une vieille chemise souillée. D’abord danser la java !  dancejava (1)

Il faudra ensuite consacrer le reste de cet après-midi doré à quelques parties de Labyrinthe — vous voyez, cette boîte au plateau mobile percé de soixante trous qui attirent la bille d’acier avec une satisfaction perverse. Je recommande cet exercice à toute personne de bonne volonté désireuse de développer cette capacité métaphysique de synchronicité entre les mouvements liminaires de la pulpe des doigts et l’évolution animée d’une sphéricité métallique sensible. Quelques rasades légères d’eau-de-vie vont, comme leur nom l’indique, être nécessaires et bénéfiques.

Et, pour finir en beauté, il faudra s’engager à fond dans la création d’une mămăligă savoureuse, à la couleur de pleine lune jaune saturée de maïs et à la texture élastique tel un sein de pucelle, pour accompagner le ragoût royal — riche en épices, couleur lie-de-vin, mélange sain de porc et de pommes de terre — que j’ai préparé hier. Faites-moi confiance : les plats mijotés sont toujours meilleurs le lendemain, de la même façon que les joyeux souvenirs d’antan brillent face au quotidien fripé qui chaque jour se délabre d’un cran. Pour être heureux, allons illo tempore à plein gaz, faire travailler les méninges et le palais, bon cœur contre mauvaise fortune et rendre hommage au Saint Rabelais.**

s.


*Quant au FILS, c’est du spécial, car il revient chaque année le premier dimanche de Pâques — de façon assez virtuelle ! Il est là et il n’est pas là, événement accepté par les uns et contesté par les autres, qui a fait couler beaucoup de sang à l’intérieur de la communauté des croyants.

**Dernière nouvelle apocalyptique : l’œuvre de Rabelais a été remise à l’index par Facebook, Google, Twitter et consorts pour usage de langage ordurier, sexisme et incitation à la débauche. Il l’a bien mérité, ce vieux pourri !

 

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